Tatouage > Le tatouage à travers les âges

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En 1769, le mot "tatouage" fit son entrée dans le langage courant, venant du mot tahitien "tatou", désignant une marque sur le corps. Sa pratique dans le monde remonte quand même bien au-delà.

L'origine du tatouage maohi date d'avant l'arrivée des premiers Polynésiens dans l'est du Pacifique. Selon les légendes tahitiennes, le tatouage aurait commencé chez les dieux dans le "po" (période sombre). Ces histoires anciennes mettent l'accent sur sa valeur esthétique, ainsi que sur son importance comme attrait sexuel. Au fil des siècles, la pratique du tatouage s'est perpétuée avant de disparaître complètement car devenu "tabu" avec l'arrivée des missionnaires. Ces derniers qui, comme les danses et divinités maohi, jugeaient cet art traditionnel trop païen. Il faudra attendre la renaissance des festivités culturelles polynésiennes pour voir réapparaître le tatouage.
Dans les années 80, avec des portes-flambeaux comme Teve, Bobby, Angelo, ... les Polynésiens toujours en quête d'un retour aux valeurs culturelles et traditionnelles, prirent le tatouage polynésien comme marque d'une identité maohi retrouvée.

 
Techniques et rites Marquisiens

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Le tatouage marquisien comportait des similitudes avec celui réalisé dans les îles de la Société. Toutefois, cet art connut un développement plus important aux Marquises, se traduisant par des motifs plus raffinés, plus complexes. Il reste plus répandu, aujourd'hui, en Polynésie.
La technique du tatouage aux îles Marquises s'appelait "e patu tiki". Le nom "Ta'a patu tiki" désignait la lames avec ses dents taillées en pointes acérées dans de l'os ou de l'écaille de tortue. Le maillet en bois ("ta patu tiki") était une simple baguette cylindrique d'une quarantaine de centimètres se terminant par un bout élargi. La suie (servant à fabriquer l'encre à tatouer) était obtenue par l'enflammation des amandes d'Aleurites, préalablement enfilées sur une nervure de feuille de cocotier. Au-dessus de cette chandelle incandescente on plaçait une demi-noix de coco ou une pierre afin d'en recueillir la suie produite par la fumée qui venait s'y déposer.
Aux Marquises, le rite voulait que plusieurs jeunes gens fussent tatoués en même temps que le fils d'un chef âgé de 13 à 18 ans pour ses premiers tatouages. Certains interdits devaient être respectés pendant toute la durée de l'opération qui se déroulait généralement dans la maison du tatoueur : un simple "fare" de pandanus, dont accès était "tapu".

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L'opération se déroulait de façon rituelle. Chaque geste du tatoueur était autant machinal que calculé. Le "tahuka patu tiki" (tatoueur) prenait le peigne à tatouer de la main gauche, ainsi qu'un morceau de "tapa" qu'il enroulait autour d'un doigt pour éponger le sang. De la main droite, il tenait le maillet par son extrémité élargie et frappait le manche du peigne avec le côté étroit, sauf quand il fallait donner des coups plus forts. Ses assistants l'aidaient en maintenant le patient par les bras et les jambes,et en tendant la peau sous les dents du peigne. Le tatoueur suivait les motifs dessinés au charbon sur la peau, trempant régulièrement les pointes dans la suie diluée avec de l'huile de coco. Ce rituel du tatouage était accompagné de chants.

 
Les motifs des Marquises

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Les Marquisiens, dans leur majorité, étaient entièrement tatoués, y compris sur les parties sensibles comme : le crâne, les paupières, les narines, la langue, la paume de la mains, et même parfois les gencives.
Comme de nombreux dessins anciens l'ont révélé, les Marquisiens portés souvent une large bande tatouée, traversant le visage au niveau des yeux, allant d'une oreille à l'autre.
Les tatouages des Marquisiennes étaient moins étendus. Ils se limitaient à de petites lignes verticales à la tête, suivant le contour des lèvres. En revanche, on trouvait plus de tatouages sur les parties du corps tels : les épaules, la base du dos, les jambes. Sur le poignet et les doigts elles présentaient des ornementations particulièrement fines et délicates.

Les plus importants motifs marquisiens avaient un emplacement anatomique déterminé. Certaines appellations de tatouages pouvaient faire allusion à des légendes comme celles de "vai o Kena" (le bain de Kena). Sinon, les motifs représentaient des éléments naturels : oiseaux, animaux, poissons, ciel, nuages,... La légende raconte que les ustensiles tressés (vanneries, nattes, éventails, ...) ont servi à l'élaboration de certains modèles en "zig-zag", lignes brisées, triangles opposés, losanges ou chevrons.

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Ces motifs étaient aussi reproduits sur des pierres, des sculptures recouvertes de "tapa". Surtout, ils s'affichaient sur des bambous pyrogravés, jambes et bras gravés sur du bois, servant ensuite de modèles en vue d'autres tatouages.
C'est à la surface du corps tatoué que l'on pouvait reconnaître un guerrier valeureux.

 
Interdit par l'église et par l'état aux Marquises

Dès 1856, Monseigneur Dordillon s'interrogeait sur la position théologique à tenir

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envers le tatouage. Tout au long de la deuxième moitié du XIX° et au début du XX°, la question fut-elle donc de savoir, pour les personnes exerçant une autorité religieuse, militaire ou civile, si oui ou non il fallait tolérer cette coutume ou, comme la considéraient certains, cette "habitude", ce "caprice". A cette question succédèrent des réponses tantôt affirmatives, tantôt négatives. Mais il était déjà trop tard pour le tatouage, car le sens même de cette coutume, parallèlement à l'effondrement de la coutume marquisienne, s'était en partie perdu.

Les marquisiens ressentaient, surtout dans les baies fréquentées par les Occidentaux, une certaine gêne à être considérés comme des objets de curiosité ; certains choisirent d'adopter les habitudes de ceux qui paraissent représenter un pouvoir nouveau. Il eut enfin les interdictions faites par l'Eglises ou par l'Etat. Vers 1830, le tatouage traditionnel commençait par endroits à se dévaloriser et il s'éteindra dans la première moitié du XX° siècle.

 
Rencontre avec les Marquisiens du XIX° siècle

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Le Marquisien entra dans le discours européen du XIX° siècle comme une énigme. Ce "sauvage" cumulait en effet des actes et des comportements qui choquaient ou faisaient frémir : il pratiquait la polyandrie, il lui arrivait de consommer de la chair de ses semblables et il était ordinairement tatoué sur tout le corps ! Imprimé de la sorte, le corps était, et l'est encore parfois, considéré comme une déviance et une mutilation.

Les premiers Marquisiens que rencontrèrent les navigateurs du XVIII° étaient tous tatoués. Les hommes l'étaient plus que les femmes et parmi ces derniers, certains paraissaient être recouvert de bleu. Ceci était

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vrai dans la première moitié du XIX°, mais diminua dans la seconde moitié de celui-ci. (...) Lorsque Gauguin arriva aux Marquises en 1901, le tatouage, en dehors des caractères alphabétiques, était interdit depuis déjà un quinzaine d'années. Il continuait cependant à être pratiqué dans les îles et les vallées éloignées "des centres administratifs". C'était particulièrement vrai à Hiva Oa qui, historiquement, était réputée pour la sculpture sur pierre ou le tatouage.
L'idéal avait toujours été, aux Marquises, de recouvrir le corps le plus complètement possible, d'un réseau très dense de motifs. Un tel achèvement affirmait l'importance sociale, l'aisance, ainsi qu'une grande capacité de résistance à la douleur. Le courage et la puissance du Marquisien pouvait alors s'afficher "en pleine lumière".

 
Le tatouage, puissant élément de séduction

Selon Marie-Noël et Pierre Ottino, qui participaient au colloque sur la mémoire polynésienne, "le tatouage était un puissant élément de séduction !". Ils expliquent, en se référant au tatouage marquisien du siècle dernier, que "le maître-tatoueur" ne manquait pas de le rappeler à

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celui sur qui il opérait. (...) Le tatouage était en effet unanimement considéré comme indispensable aussi bien à l'homme qu'à la femme pour attirer l'attention de l'autre.

A la fin du XIX°, des lèvres, des pieds ou des mains non tatoués étaient considérés comme laids et même repoussants. Les traces de la vieillesse était également, pensait-on, plus discrètes sur des lèvres ou sur des mains tatouées... Les femmes y eurent aussi recours et les hommes âgés se faisaient raviver les tatouages estompés. Signe de beauté, le tatouage était également gage de jeunesse. Même chez les héros et les dieux, le tatouage était un artifice efficace pour faire revenir une bien-aimée ou attirer l'attention d'une belle".

 
L'aspect sacré du tatouage

Aux Marquises, là où l'activité du tatouage était la plus florissante dans la Polynésie du siècle dernier, loin de l'aspect esthétique, les marques indélébiles sur le corps revêtaient un caractère sacré. Au-delà du fait qu'il était réservé à une certaine caste de privilégiés : chefs, guerriers, etc., le tatouage était intimement lié à la vie des Marquisiens à travers ses rîtes.

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Par exemple, le fait de ne pas être tatoué interdisait formellement la consommation de chair humaine. Ou alors comme l'écrivait Clavel en 1885 : "une main dont la face dorsale n'était pas embellie des phalangettes jusqu'au poignet, ne pouvait puiser sa part de "popoï" (pâte extraite du fruit de l'arbre à pain) dans le plat commun".
Willodean Handy rencontra un vieux tatoueur, à l'époque ou son art était interdit, qui lui raconta que dans l'ancien temps il y avait des images pour la peau et des images pour le bois. Elles étaient différentes. C'est folie de placer sur bol pour la nourriture des motifs destinés à orner le corps. Bien sûr, les préceptes des anciens étaient mensongers, mais est-ce que vous voudriez rendre un ami malade ? C'est très mauvais de manger dans un des plats couverts avec des images destinées à orner le corps.

Détourner l'art du tatouage ne faisait aucun doute : on provoquait alors la colère des dieux, avec la perspective de grands malheurs.

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Vendredi 15 Decembre - 17:03